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LE POIDS :
Marlène, quarante-cinq ans, mariée, deux enfants, infirmière
Marlène a des problèmes de poids.
Elle veut démarrer un régime, un de plus, et n’y croit pas trop. Elle a
entendu parler de la sophrologie. Je lui précise que la sophrologie,
par une prise de conscience et une maîtrise de la respiration, du stress
et de ses habitudes
alimentaires, sera un bon adjuvant pour le régime. Sans la motivation,
sans la maîtrise du mental, le régime en effet risque d’être remis en
question et ses effets seront éphémères. L’ambiance familiale est
tendue. Elle se sent mal dans sa peau.
« En me levant, je me
sens mal et je sais au fond de moi que je vais chercher tous les moyens
pour justifier cette souffrance. Je plains mon mari ; il en souffre, je
le sais, mais je ne peux pas faire autrement. Je sais que j’ai tort. Je
lui casse toujours les pieds ; je ne le laisse pas tranquille. Il me
fait de la peine, c’est une victime. Il pourrait me quitter. Il aurait
ses raisons. Je lui fais mal parce que je suis mal et qu’au fond, à
force d’être aussi désagréable, j’ai peur qu’il ne m’aime pas comme j’ai
envie d’être aimée. Je sais que c’est un raisonnement fou, mais je ne
m’en sors pas. »
Dans une sophronisation de base, je demande à Marlène de laisser venir
des associations libres sur le mot soleil. Et voici ses images :
« Chaleur, dans le ventre
de ma mère, bien au chaud, bien rond. Ensuite cela se transforme en
berceau lumineux, le berceau se creuse et le bébé part à la dérive, j’ai
pensé à la louve, à Romulus
,
au bébé dans sa coquille, qui pleure.
Des fleurs jaunes, un couteau qu’il ne fallait pas voir, le carrelage
jaune de la cuisine, que je ne devais pas voir, une tombe lumineuse de
petite fille, des guêpes autour.
Une propriété, on avait écrit des mots,
on amusait les guêpes. Ma mère s’était moquée de mon orthographe. Ma
mère était toujours négative. »
Un
problème de jalousie avec sa petite sœur qui vient d’affleurer à la
conscience.
« Elle avait pris ma place, dit-elle, ma faiblesse, je la
connais ; il faut qu’on m’aime. » Aimer être aimé, manger être mangé.
C’est toujours la même histoire : « Ma mère m’a nourrie au sein et puis
ce fut l’autre ». Elles ont dix mois de différence.
Elle
découvre rapidement que tous ses problèmes avec son père ont été
débattus à table. Sur un mot donné dans une séance de sophromnésie,
Marlène revit intensément le bruit des disputes à table. Son père fait
une scène. Elle ne veut plus manger. Elle quitte précipitamment la
table, monte quatre à quatre dans sa chambre. Elle écoute vociférer ;
elle s’est enfermée à clef. Elle entend son père qui monte les
escaliers, qui lui demande d’ouvrir sa porte. Elle refuse. Menaces
d’être battue en sortant. Elle reste recroquevillée sur son lit, puis
elle finit par avoir faim.
Elle trouve dans un tiroir, à l’abri des
fouilles, ses biscuits préférés et elle les mange dans le plaisir
défendu.
Elle a trouvé ensuite le moyen de se priver à table sans se
priver elle-même, de jouer avec la nourriture comme l’enfant jouait avec
ses selles ou fèces,
à l’âge du stade sadique-anal. Marlène se conduit donc comme un petit
enfant.
Elle exprime parfaitement la difficulté d’un régime.
« Le propre du régime,
c’est de ne pas manger ce qu’on aime, j’ai envie de manger des choses,
donc je me sens frustrée, je craque, donc je mange, ensuite je me
culpabilise, alors je mange en cachette. La nourriture me plaît trop.
Mon mari, ça le dérange que je sois trop forte. Moi, je lui dis : “Si tu
m’aimes, tu n’as qu’à m’aimer comme ça”. J’ai un dégoût de moi, je ne
peux pas me regarder dans la glace.
Si
j’avais un accident de voiture, je serais défigurée, il m’aimerait quand
même.
Est-ce que j’ai besoin de me faire souffrir pour que les autres
m’aiment ?
La
vie est un ressassement de problèmes, j’ai l’impression de ne pas
avancer ; j’ai toujours été rabaissée par mon père. J’ai eu une enfance
difficile, j’ai voulu donner à mes enfants une vie agréable, mais j’ai
divorcé. Je me suis rendu compte trop tard que je leur ai donné un
mauvais père. Ils ne sont pas bien non plus dans leur peau.
Quand je mets la cassette, ça me fait une parole, ça permet de ne penser
à rien, ça me donne l’impression d’être accompagnée, je prends du recul.
J’ai souffert à l’école des brimades des autres élèves. J’avais cinq
ans, je me souviens encore d’une petite fille qui m’a tiré la langue, je
ne sais plus pourquoi. Ce jour-là, j’ai souffert. Sa tête, je ne l’ai
jamais oubliée.
J’ai des
crises d’asthme. Ma mère ne supportait pas mes crises d’asthme.
Imaginez : vous avez mal au dos, aux tendons, à la cage thoracique, à
tous vos muscles, à vos petits os, et votre mère s’énerve ! Tous les
mots d’amour m’ont manqué. Et c’est là que j’en avais besoin. C’étaient
des larmes qui coulaient.
Dans mon enfance, je me suis sentie rejetée. Ma mère adore avoir les
gens sous dépendance. J’étais rebelle : j’ai eu de l’asthme dès l’âge de
trois ans, moi je ne m’en souviens pas. A cinq ans, je suis partie un an
en France, toutes les odeurs de chocolat et de miel avec ma grand-mère
me reviennent.
Le déclic que je cherchais, je l’ai trouvé. Mon repère, c’est ma
grand-mère, ses odeurs. J’ai idéalisé mes grands parents. J’ai réfléchi
beaucoup à toutes ces questions, j’ai rouvert mes albums, j’ai recherché
ce déclic lié à la nourriture ; je reliais la tendresse et la
nourriture, le chocolat, les gâteaux. »
Exercice de la bulle ou du cocon
Après l’exercice déjà cité dans ce chapitre, Marlène
s’exprime.
« Je suis dans une goutte
d’eau, légère, et je me déplace, je vois la forêt, je me sens bien. Je
n’ai plus envie de sucre. J’avais envie des goûters, c’était le retour à
l’enfance, je me faisais mon goûter, je me rattachais à ma grand-mère.
Le dialogue s’est arrêté dans ma tête, je ne me donne plus les mauvaises
raisons, les phrases parasites, de mauvaise foi. Brusquement, ça ne me
dit plus rien. Je vis le présent. Je ne ressasse plus mon enfance.
Au
début, je vivais mon problème ; noyée dans mon problème, je vivais mal,
je n’analysais pas. A mon âge, il est temps de s’analyser. Maintenant,
quand j’ai mal quelque part, j’analyse ma douleur, puis avec la
respiration, je l’accompagne. Je suis venue pour un problème de poids,
mais tout le reste, je le vis autrement et j’améliore, à partir de ma
prise de conscience, ce qui est perturbé. Beaucoup de choses ont
changé : je me suis arrangé une pièce où je me retrouve souvent pour
préserver mon espace vital. Je lâche prise sur des choses qui n’ont pas
vraiment d’importance et que de toute façon je ne peux régler, parce que
c’est le problème des autres. Avant, j’avais l’esprit de contradiction,
je discutais tout. Maintenant, je ne déborde pas sur autrui ; je deviens
plus agréable et je maigris lentement. »
Je travaille ma respiration plusieurs fois par jour. Je visualise le
schéma corporel qu’il me plaît d’avoir.
Je ressens les sensations de bien-être et de légèreté. Je vis le présent.
Je prends le positif qui m’entoure, je nettoie mon cerveau, je
lâche prise, je fais confiance.
Je poursuis mon objectif, je garde le cap, je suis fière de mes
progrès.
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