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La drogue :
La toxicomanie et la sophrologie
Nous
sommes confrontés à la toxicomanie, surtout chez les adolescents.
C’est
au cours des entretiens qu’ils disent fumer régulièrement du haschich.
Généralement, ils minimisent le problème et espèrent trouver auprès de
nous un cautionnement qui les rendrait innocents. Cette situation
réclame de notre part une grande vigilance.
En effet, le cannabis que
certains prétendent inoffensif peut avoir des effets nuisibles sur la
personnalité globale du fumeur. Cette drogue a des conséquences très
variables selon les individus et les modalités d’absorption. Elle
provoque une perte de mémoire plus ou moins grande, une difficulté à
relier les idées et une perturbation de l’espace-temps. Beaucoup de
jeunes fumeurs sont attirés par l’exemple de leurs idoles, par cette
joie et cette convivialité qui se dégagent des réunions entre copains
du même « joint ».
Ils veulent oublier le mal-être de la dépendance plus
psychique que physique.
Ils s’enferment dans le mensonge social,
perdent le goût du travail et des études, n’osent plus affronter la vie
et sont prêts à chercher des expédients de toute nature pour rester « cools »
dans leur coin, car ils savent se dispenser du confort, des biens de
consommation d’une société dont ils n’acceptent plus les règles.
La
sophrologie est une voie privilégiée car elle favorise l’écoute et
redonne sa place au corps nié. Elle offre aux toxicomanes un nouvel
ancrage dans le réel.
On
utilise largement les techniques déjà évoquées : sophronisation de
base, relaxation dynamique, training autogène de Schultz, qui reposent
sur le vécu des sensations, l’induction de calme, la respiration
abdominale, et améliorent le schéma corporel.
Les techniques
respiratoires et physiques libèrent l’énergie dans le corps ; les
techniques de focalisation en zone sophro-liminale améliorent le
mental.
La visualisation positive du futur proche, avec la sophro-acceptation progressive et la correction sérielle d’événements
anxiogènes favorisent l’insertion du toxicomane.
On
envisage ensemble la situation positive que le patient voudrait être
capable d’assumer : par exemple un dialogue vrai avec sa famille. Il
peut se voir libre, travailler, prendre confiance en lui. Nous passons
ensuite à un entraînement sophronique : sophronisation de base, training
autogène de Schultz ou relaxation dynamique debout, assis, couché, selon
les patients, selon les demandes. L’enregistrement d’une cassette
incluant les messages est effectué.
Au
préalable, nous devons nous assurer du plein accord du patient pour
suivre des séances de sophrologie ; nous devons connaître son
itinéraire et la durée de sa dépendance. Quelle drogue prend-il ? Quels
symptômes physiques ressent-il ? Hallucinations, problèmes physiques,
perceptions particulières.
A-t-il déjà suivi une psychothérapie ?
Laquelle ?
Un
toxicomane a souvent des difficultés à gérer ses repères
spatiotemporels : son heure de rendez-vous, son itinéraire. Il est très
angoissé. Souvent, il vit son corps morcelé. Il est totalement
dépendant, suggestible et négatif. L’amener à l’autonomie en ce qui
concerne son rendez-vous est déjà un premier pas.
La
prise de médicaments est contrôlée non par le sophrologue mais par le
médecin.
Il faut s’assurer que le médecin accepte de réexaminer le cas
en fonction de l’accompagnement sophronique et des objectifs à
atteindre : la collaboration de l’équipe soignante est plus que jamais
nécessaire.
Les
séances se déroulent ainsi : le patient est face au sophrologue qui
laisse passer une écoute bienveillante. Il arrive bien entendu à ses
souvenirs, à son histoire personnelle. Puis s’engage un entretien
directif où l’on envisage les messages à proposer dans un exercice
sophronique, les images positives, les souvenirs agréables que le
patient peut revivre dans un état modifié : le niveau sophro-liminal,
c’est-à-dire au bord du sommeil.
La
fréquence des séances est fixée, dans un premier temps à deux fois, puis
une fois par semaine. C’est une relation d’aide qui se veut
phénoménologique et globale. L’accent sera donc mis sur le vécu du
sujet ici et maintenant, sur son vécu physique, sur son mal-être, sur
ses relations avec l’environnement.
Toutes les sensations seront
abondamment développées.
Quels sont les handicaps d’un toxicomane ? Les difficultés de
concentration et de mémoire sont primordiales. On choisira donc des
conduites à corriger, des habitudes nocives à remplacer par des gestes
qui développent une attitude positive, constructive. Toujours des choses
et des messages très simples.
Au
cours des premiers entretiens, très vite, il est bon de se rendre compte
des possibilités de réintégration du sujet : dans le déroulement d’une
journée, dans le travail, dans la famille, avec des amis.
L’étude systémique des relations dans lesquelles le sujet est pris est
très importante pour donner des clefs. Le rôle de la famille est
essentiel. Quels sont les appuis pour son autonomie et sa guérison ? La
sophrologie développe la prise de conscience de son état, de sa
dépendance et des chances qu’il a de s’en sortir.
On
travaillera les réflexes conditionnés avec une technique de gestion
mentale et de programmation neurolinguistique La compréhension, les
paroles ont un impact puissant. On notera l’extrême sensibilité du
sujet. Il est par ailleurs très conscient de son problème, de
l’engrenage dans lequel il s’est laissé entraîner et duquel il veut
sortir. Il se rend parfaitement compte des réactions de son entourage à
son égard, même s’il semble indifférent à tout.
La
sophrologie peut aussi être analytique, dans la mesure où le sophrologue
a suivi une analyse didactique personnelle ; il se peut que, dans l’état
sophronique, le patient revive intensément les situations douloureuses
de son passé. Il faut alors analyser les conflits psychologiques que le
discours dévoile. C’est un travail en profondeur qui demande l’adhésion
du patient. Le refoulement dû aux traumatismes de l’enfance sera alors
mis en évidence. On favorisera la prise de conscience des mécanismes de
défense que le Moi a dû mettre en œuvre s’il veut prendre en charge la
sophro-analyse et faire un travail en profondeur.
L’attachement au sophrologue est un atout : c’est le transfert en
psychanalyse et l’alliance transférentielle en sophrologie qui marquent
le type de dépendance du toxicomane. C’est une béquille nécessaire à
ses premiers pas. Quelqu’un a confiance en lui, le suit pas à pas,
l’accompagne. Les cassettes enregistrées pour lui tout
particulièrement l’aident dans sa solitude face à la drogue. Il se
raccroche à la voix et à ses rendez-vous. Il prend confiance en lui, il
se remet à exister, à revivre de plus en plus normalement, à éviter les
dealers et les coins spécialisés. Il s’alimente mieux, fait du sport,
ose enfin se regarder et vivre son corps. Dans un premier temps, la
dépendance affective remplace la dépendance face à la drogue.
Puis
l’énergie de vie lui revient. L’instinct de vie prend le dessus sur
l’instinct de mort. « Le moteur » est remis en marche. Il faut encore
accompagner le sujet longtemps, mais le déclic se fait. Peu à peu le
toxicomane prend en charge sa propre vie.
Son emploi du temps est plus
riche. L’ouverture au monde extérieur est colorée affectivement. Il a
des relations de plus en plus réelles avec les autres. On ne le porte
plus. Il devient créateur, donc sujet. Il se veut responsable, il
réclame une activité, un travail. Il veut reprendre sa place dans la
société car le travail valorise l’individu.
Avec l’aide de personnes
compréhensives, il se met à vivre normalement dans un temps et un espace
retrouvés.
Il
acquiert ce qu’il avait perdu : la liberté d’expression, la liberté
d’action, le respect de soi, tout ce qui fait la dignité humaine.
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